En prévision des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, François Massardier, Fondateur du cabinet de conseil en Affaires publiques territoriales, CALIF, Thiébaud Grudler, Président du cabinet de Stratégie en influence, Prélude, et Thibault Berthelin, Responsable des Affaires publiques et entreprises du MEDEF Paris, ont accepté de répondre à nos questions pour évoquer les Affaires publiques territoriales. "Pourquoi l'échelon local est-il primordial ?" est le premier des trois entretiens qu'ils nous ont accordés.
Quelle est l’importance de l’échelon territorial pour l’organisation que vous représentez ?
François Massardier : CALIF est le pionnier du conseil en affaires publiques territoriales en France. Le cabinet a été créé en 2010 en mettant en avant cette pratique, très minoritaire sur un marché dominé à l’époque par le lobbying quasiment uniquement parlementaire.
Aujourd’hui, même si nous restons généralistes et accompagnons nos clients dans la globalité du spectre des affaires publiques, l’intervention à l’échelon territorial représente les 2/3 de nos missions.
Thiébaud Grudler : L’importance est double : d’un côté, nous portons à Paris la voix d’entreprises, d’associations et de collectivités territoriales, dans des lieux où elles ne sont pas toujours présentes et où les arbitrages se font vite. De l’autre, on fait l’inverse : on va sur le terrain, on travaille avec les collectivités et les acteurs locaux, pour des clients qui n’ont pas d’ancrage naturel dans ces territoires.
Concrètement, l’échelon territorial, c’est là où les politiques publiques prennent forme et où les projets se jouent : mise en œuvre, acceptabilité, partenariats, calendrier, financement. C’est aussi là que se construisent les coalitions utiles entre élus, administrations, entreprises, associations et que se posent les questions très opérationnelles : qui fait quoi ? avec quels moyens ? Et pour quels effets mesurables ?
C’est pour ça que les territoires sont au cœur de notre fonctionnement : on ne fait pas “du national” hors-sol. On part des réalités locales, on capte les signaux faibles, et on traduit tout ça en stratégie et en décisions, des deux côtés. Nous avons des bureaux à Bordeaux, Paris et Belfort, justement pour garder cette proximité et cette capacité d’action au quotidien.
Thibault Berthelin : Le MEDEF Paris est le 1er réseau d’entrepreneurs à Paris. Nous représentons plus de 10 000 entreprises parisiennes. Notre mission est de défendre les intérêts des entreprises de Paris, notamment auprès des institutions et pouvoirs publics locaux. Paris est à la fois la capitale, une ville-monde, mais aussi institutionnellement une commune / département.
C’est une collectivité avec un budget annuel de plus de 10 milliards d’euros, 55 000 fonctionnaires, une vingtaine d’adjoints et 17 mairies d’arrondissements. Les compétences qui concernent les entreprises (urbanisme, transports, logement, fiscalité, développement économique…) sont aussi partagées avec la région Île-de-France, la métropole du Grand Paris, la préfecture de police et la préfecture de région.
Nos adhérents ont un besoin permanent d’interface et d’échange avec l’ensemble de ces acteurs institutionnels. Enfin nous représentons et portons la voix du MEDEF localement auprès des parlementaires.
Comment s’établissent les stratégies d’affaires publiques territoriales ?
François Massardier : Les stratégies peuvent être très diverses. Du lobbying de projet (quand il s’agit d’accompagner, par exemple une entreprise pour essayer de conquérir un marché public local), au suivi affaires publiques des activités d’une entreprise présente sur tout le territoire (à ce titre nous sommes les conseils de plusieurs grands groupes).
Les stratégies d’affaires publiques territoriales visent aussi à accompagner des implantations ou des restructurations. Les affaires publiques territoriales s’opèrent aussi from bottom to top puisque nous accompagnons des structures très implantées sur leur territoire, mais qui ont besoin de visibilité et de relais ailleurs : dans d’autres régions ou bien au national.
Thiébaud Grudler : Elles s’établissent d’abord en se nourrissant du contexte territorial dans lequel on s’inscrit. On part du terrain : les équilibres politiques, les dynamiques économiques, les acteurs qui comptent, les sujets qui crispent, ceux qui fédèrent. Sans ça, on plaque un discours “national” qui ne prend pas.
Ensuite, on adapte le plaidoyer aux particularités du territoire. D’un territoire à l’autre, les priorités ne sont pas les mêmes : désindustrialisation et création d’emploi, structuration d’une filière régionale, enjeux agri/agro, attractivité, usage du foncier, mobilités, transition énergétique…
Enfin, on garde une approche globale : les affaires publiques territoriales ne se jouent pas uniquement dans les rendez-vous institutionnels. On combine souvent le travail d’influence avec de la communication d’influence et des relations presse. Ça passe par le fait d’aller rencontrer les journalistes locaux, de comprendre leurs angles, et de travailler un récit qui parle au territoire, pas juste aux décideurs.
Thibault Berthelin : La période des élections municipales est stratégique pour nous. Nous avons lancé fin août 2025 un Institut du Monde Économique Paris (IME Paris) qui fédère aujourd’hui 17 associations représentatives de l’économie parisienne. Depuis le début de la campagne, nous insistons sur deux idées centrales qui structurent nos échanges avec les élus et candidats : rationaliser les politiques municipales et systématiser leur évaluation préalable de leurs effets sur les entreprises, salariés, touristes et habitants.
Lors d’une audition de l’ensemble des candidats que nous organisée le 6 février, ils se sont unanimement engagés à ce qu’aucune décision municipale ne soit prise sans étude d’impact économique. Nous saurons leur rappeler quand ils seront élus !
Nous avons publié 4 rapports sur l’attractivité, les mobilités, l’immobilier et le commerce. Nous avons adressé 20 propositions à l’ensemble des candidats. Notre stratégie d’actions est multicanale : travail de conviction, rencontres, presse, réseaux sociaux… Nous avons également notre propre magazine Inspir’. Dans notre dernier numéro « #Municipales 2026, à vous de jouer ! » nous explicitons les attentes des entreprises et nous avons interrogé chacun des candidats sur leur programme économique.
Enfin, au quotidien, notre job est d’établir des contacts à tous les étages de l’Hôtel de Ville.
Quand il y a de grandes décisions qui concernent nos adhérents (PLU bioclimatique, plan climat, zone de trafic limitée), nous les consultons et organisons les échanges avec la mairie de Paris. Nous sommes aussi consultés par la Mairie de Paris lorsqu’une mission d’information et d’évaluation (MIE) est lancée, par exemple. Nous travaillons avec la Préfecture de Police ou de la Préfecture de Paris et de l’Île-de-France. Les liens ont été très étroits au moment de la préparation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024. Enfin, nous rencontrons et sommes sollicités par les Députés et Sénateurs de Paris qui souhaitent prendre le pouls de l’activité économique parisienne.